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"A temporary shift in space" / avec Allen Ginsberg. 

Faire tenir, en amont de leur développement, l'ensemble des possibilités narratives d'un récit dans ces espace limités et clos que sont nos lieux de stockage, de rangement : local à bagage, consigne de gare, rail circulaire d'aéroport, entrepôts. 

Peut-on l'envisager par le biais des objets : valises, matériaux industriels, colis commandés sur amazon, choses incongrues qui voyagent comme cet œil humain chez Ginsberg qui signe le rapprochement, voire le remplacement de la conscience percevante par l'organe-objet. C'est un corps morcelé, ensaché, fragmenté par la géographie des destinations, qui se déplace par l'entremise de l'objet ; sexe, sang, œil, dents, tout y est. De cette station fortuite des choses, temporary shift in space in the rickety structure of Time, choses étrangères les unes aux autres, par nature, fonction et origine, se recompose un corps. Un corps tel qu'on en a jamais vu, monstrueux, non plus organisé par la logique interne des fonctions vitales, mais externe, inorganique, uniquement constitué par ce lieu de croisement, de carrefours, d'accumulation des flux humains.  

L'intuition de Ginsberg à ce moment précis du poème, que quelque chose de fondamental s'est déplacé de l'homme aux objets qui le représentent (glissement qu'on retrouve dans Les choses de Perec) ; l'accumulation dans l'espace de destins singuliers réduits à l'absurdité factuelle : un coffre en fer, un paquet avec des noms. Le sens, glisse de ces masses, de ces pluriels qu'on aperçoit au début : nor the millions of weeping relatives surrounding the buses waving goodbye, nor other millions of the poor rushing around from city to city to see their loved ones, qui prennent la place d'un décor mobile, fluctuant, parce que directement plaqués sur la structure instable du temps, à cet ensemble disparate d'objets, de bagages, par lesquels le temps s'étire : passé-provenance, futur-destination, noms et choses qu'ils contiennent (corps et identité) se compriment en un seul point de l'espace. 

Une sorte d'écriture résiduelle – horizontalité des étagères où s'inscrivent les noms sur les bagages – de ce mouvement permanent des flux humains insaisissables car trop intenses et à une échelle trop grande, viendrait là comme fixer le point de central d'une structure de récit à partir d'où rayonnent espaces et temporalités. 


proposition

  • L'idée est de penser le/les textes à venir comme se dépliant à partir de ce dispositif central, où à travers des objets confinés dans un même espace, s'ouvriraient des possibilités/pistes narratives multiples. Envisager ces objets, quels qu'ils soient – bagages, matériaux bruts, colis etc – comme ayant une dimension de contenant – contenant d'une histoire, d'une somme d'évènements potentiels, d'une épaisseur temporelle condensée. Cela ne signifie pas raconter l'histoire de l'objet. Cette épaisseur, on cherche à la rendre par la seule écriture que constitue par lui-même l'objet – inscriptions, étiquettes, noms, marques, indications géographiques, organisation du contenu d'une valise par exemple etc.

  • Maintenant ces objets, ces contenants, ce qu'ils enferment, ce sont vos histoires – et je n'entends pas seulement votre histoire personnelle, la réalité de votre vie – mais aussi bien ces existences possibles où prolongements d'intuitions que sont souvent les personnages, que vos rêves, les récits qui vous traversent qu'ils soient où non incarnés dans des figures. Ces histoires, - pris en un sens très large – elles mêmes fragments, cherchent dans cet espace à se recomposer en corps, à trouver une nouvelle organisation de corps, qui ne peut plus être l'ancienne continuité linéaire.

  • L'instantané qu'on obtient de cet espace clos où se répondent simultanément des temporalités différentes permet finalement d'avoir sous les yeux le récit sous sa forme de constellation, et non linéaire. 

  • En amont, d'abord, convoquer ses espaces de références, ceux qu'on a vu – où peut-être on a travaillé -, ceux qu'on a lu, repérer comment les objets s'y organisent, et partant un certain sens de lecture. De lecture et d'écriture. Il peut être intéressant d'organiser votre espace d'écriture (la page word, la feuille) en fonction de l'espace, appelons-le espace de stockage – si ce sont des étagères, où un tapis roulant, où si les choses sont suspendues etc. 

  • On introduit très brièvement l'endroit, une phrase ou deux suffisent amplement, le risque étant de ne jamais passer à la suite. Puis pour chaque item, et selon la structure que vous aurez choisi pour espace d'écriture/ espace de stockage, une très courte description, pouvant, selon, se réduire à un inventaire. On ne s'occupe pas de relier chaque item, chaque description, le dispositif le fait pour nous.