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Lieux où on a dormi - éléments d'imaginaire/ avec Georges Perec

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Travailler à partir des listes de Perec, ici par exemple dans Espèces d'espaces liste des chambres où on a dormi (mais on aurait très bien pu prendre les listes d'Herbes et Golem de Manuella Draeger, ou les fameuses Notes de chevet de Sei Shonâgon), permet de mettre en perspective déjà un certain nombre d'enjeux de l'écriture (consigner/ faire trace, convoquer/ classer/ sélectionner, etc.), tout en limitant l'aspect formel du texte à une interface d'apparence très simple. On fabrique des listes pour toutes sortes de choses et dans toutes sortes de domaines. D'emblée les limites attendues de l'espace littéraire sont brouillées. En même temps, cette interface qu'ouvre l'inventaire est une forme importante des écritures contemporaines, forme de pli qui appelle à son dépliage, qui appelle plus secrètement peut-être vers une tentative d'épuisement du réel (ici un autre livre de Perec Tentative d'épuisement d'un lieu Parisien). 

On pensera aussi au travail de Christian Boltanski pour qui, comme avec Perec, c'est la hantise de la disparition (disparitions collectives qui émaillent l'histoire du 20ème siècle) qui fait matière. Qu'il soit liste de noms ou de choses, l'inventaire a à voir avec le temps et son corollaire, l'oubli, mais il est aussi essentiellement lié à l'espace, et plus précisément à l'espace du regard. Un espace graphique et/ou scriptural synoptique qui tente d'embrasser d'un seul geste ce qui ne peut pas l'être, le temps d'une journée ou d'une vie condensé en quelques phrases, replié sur elles, ou d'inventer une image possible de ce qui est inimaginable (les catastrophes de l'Histoire). Peut-être l'inventaire a t-il alors une fonction plus profonde qu'il n'y paraît, qui prend place à l'endroit d'un manque, là où « notre sentir fait défaut » (G. Anders, Nous, Fils d'Eichmann, Rivages, p. 54). 
Un autre aspect de l'exercice, très important pour nous, se trouverait du côté d'un refus du jugement, et par jugement entendre ici l'activité qui consiste souvent implicitement à assigner des valeurs aux figures du réel. Pour chacun s'opèrent des choix implicites qui relèvent déjà d'un classement, d'une sélection - en partie bien sûr -inévitable - entre ce qui mérite d'être consigné, et ce qui ne le mérite pas, entre signes forts et faibles. Il faudrait déjouer, ou rien qu'y être attentif, ces schémas préformés. Une première technique, sorte de règle fondamentale dans l'éthique de l'inventaire selon Perec, se refuser l'usage des marques de suspension. Maintenir jusqu'à épuisement l'effort de différenciation, pour déjouer la tentation de la clotûre, de la totalité, éclater les discours. 
Ensuite, avec l'inventaire des lieux où l'on a dormi, se présente une ouverture manifeste vers l'imaginaire, des points de fuites possibles. On pense par exemple à la chambre de Combray, qui semble pouvoir s'ouvrir, sorte de salle de projection, sur n'importe lequel des lieux ou des temps de la Recherche. La chambre comme espace de l'absence et du retour à soi, espace de réalité alternée, du rêve, offre probablement déjà des ponts vers l'impersonnel, quelque chose dont l'écriture par la suite pourra se saisir comme une matière à déplier dans un champ plus étendu que celui du vécu littéral. 


proposition

  • On convoquera pour soi les différents lieux où on a dormi, et on en dressera la liste

  • Bien entendu on ne pourra pas être exhaustif et à un autre niveau ce qui nous intéressera c'est comment on pourrait classer ces lieux, selon quelle logique, quels recoupements. Est-ce qu'on progresse chronologiquement, géographiquement, par ordre d'importance pour soi, est-ce qu'on prend l'espace pour mesure, ses particularités, (par exemple : avec/ sans lumière, avec/ sans lit, confortable/ inconfortable), ou au contraire est-on guidé par ce qu'on y a vécu, et interviennent alors les registres de l'intériorité, sentiments, sensations ou rêves. 

  • On aura certainement l'envie de développer, voire de déplier le récit, mais je vous encourage à garder cela pour plus tard, et à vous en tenir à une phrase assez courte par élément, sans élaborer de longues descriptions (quitte à simplement noter les détails importants, sans chercher à les articuler)

  • De la même manière, ce qui importe ce n'est pas la construction ou la cohérence de l'ensemble, sa lisibilité, ou sa narrativité, et on pourra comme le fait Perec réduire chaque élément à un simple groupe nominal sans verbe.