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De tout ce que la ville laisse d'espaces à (re)construire/ Avec F.Bon, I.Calvino, P.Claudel

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On navigue sans cesse entre des masses d'images non raccordées. Mais il y a de ces cassures liminaires dans une ville que sont immeubles déserts, maisons inhabitées, la fenêtre qu'on a jamais vu ouverte et sous laquelle on passe chaque matin. Ou le temps, son affaire, ses noms oubliés, les fonctions d'architectures dont on a perdu le langage, et qui habitent une ville ancienne qui n'est plus celle d'aujourd'hui. Par exemple si vous alliez du côté de Bouchemaine, vous trouveriez, enclavées aux murailles des jardins, de petites guérites en pierre, qui datent du temps où on transportait le sel sur la Loire et qui servaient de postes douaniers pour ce qu'on appelait la gabelle. Mais si on ne le sait pas et si on ne le fait pas refluer dans l'histoire, on peut imaginer tout un tas de choses dans leur articulation avec la ville, le fleuve, et quel usage on pourrait leur trouver. La ville qu'on pratique est une évidence tenace, à laquelle correspond une pragmatique des distances et des durées – rarement reprogrammée – et de noms qui avalent des rues et des quartiers entiers. 

Là, un parcours possible, d'Italo Calvino, à François Bon, en passant par Claudel. Les villes invisibles, d'abord, avec euphémisme, des villes irréelles, puis, en creusant, des villes cachées sous leurs propres images – le nom, le cliché, la carte postale, la fixation collective du trait – (et ça commence souvent comme ça : "je pourrais vous décrire x de cette façon, mais ainsi j'en perdrais l'essentiel") puis enfin, villes écrites, à la recherche d'une grammaire (les villes et la mémoire 3.), dont c'est l'architecture même les mots. Comment s'écrivent les villes ? Si on lit Marco Polo par exemple, on se rend compte que ses descriptions sont structurées par deux où trois éléments (qui renvoient à des valeurs bien spécifiques) : Les richesses de la ville et sous quelle forme ; les architectures remarquables ; et les mœurs, les pratiques religieuses, vestimentaires, alimentaires; soit le degré de différence avec le référent – l'Italie papale, la Venise Marchande, l'art renaissant. Tout cela forme un système que Calvino décode. 

Avec le texte de François Bon, c'est toujours l'évidence dont il s'agît, retournée cette fois, inversée, mise à distance. Cette fois, c'est le voyageur qui est renvoyé à sa propre différence. Et la ville se creuse là par ce qui la définit le moins, l'espace vacant, inutilisé, territoire des chaufferies, climatiseurs, antennes, escaliers de services – qui eux même n'ont été bâtis que d'après une fiction : incendie, évacuation d'urgence etc. Là on remet de l'humain – l'essence même du collectif dans le culte des morts – et on interroge en même temps le postulat chrétien de la mise en terre, et l'effet de faire autrement, de faire des morts des catalyseurs solaires pourquoi pas, quelque chose qui déplacerait la ville dans un paradigme inca. On voit bien alors comment la ville fait l'objet d'une lecture qu'on pourrait inventer multiple et comment de l'inventer multiple c'est aussi une certaine idéologie de la réalité qui se segmente et se relativise, et se repense véritablement collectivement. 

Et enfin Claudel, la ville comme être vivant, dont on anticipe la métamorphose avec ce travail de sémiologie qui ouvre sur un projet, l'église à Chicago qui s'enfonce sous terre comme une bouche de métro, avec cette réflexion propre sur comment l'usage les villes, la densification, le collectif presque insécable que représente la masse, transforme la spiritualité. Les signes et les symboles du christianisme traduits dans le langage de la mégalopole.


proposition

  • Choisir pour soi un de ces lieux,qui n'a pas, n'a plus, ou dont on ne connait pas la fonction dans la ville. Et réinventer, imaginer autour de lui des pratiques en déplaçant la ville de son axe autour de cet endroit comme centre. Qu'est ce qu'on y trouve, qu'est-ce qu'on y fait, et comment ça transforme notre pratique de la ville, et jusqu'à sa mythologie? 

  • On aurait un narrateur collectif – on ou nous – ou son représentant « le voyageur » de Calvino, mais pas de personnage. Pas de narration ou d'histoire autre que celle de ce lieu qui témoigne de lui même.

  •  On notera aussi les valeurs du subjonctif comme embrayeur de l'imaginaire : « on n'aurait pas eu de place ailleurs » chez Bon. 

  • Pensez bien que ce lieu n'est pas clos, isolé, mais irradie sur la ville et se relie à elle, et donc comment fonctionne- t-on?, par élargissement des angles, allez et retours, rétrécissements, comment le lieu est-il relié ?